« Vae victis » (« Malheur aux vaincus! »). Ces paroles attribuées par Tite-Live (V, 48) au chef gaulois, Brennos, qui venait de triompher de l'armée romaine (vers 390 av. J-C) sont-elles d'actualité dans notre système éducatif ? De nombreuses études sociologiques, dont celles de François Dubet de l'université de Bordeaux II, répondent sans ambiguïté par l'affirmative. Voici ce qu'écrit l'auteur de L'école des chances : qu'est-ce qu'une école juste ? (éditions du Seuil et La République des Idées, 2004, p. 81) :

 

« Alors que dans le monde sportif existe tout un ensemble de codes et de pratiques destinés à protéger les vaincus de l'humiliation (poignée de main, hommage du vainqueur, certitude que l'épreuve sera rejouée, rôle de la chance et de la forme momentanée...), à l'école, le vaincu est confronté à sa propre « nullité ». Intériorisé, le handicap devient un stigmate et l'élève peut accepter son sort ainsi que le jugement qui l'invalide, il peut aussi ne plus jouer le jeu et quitter le système, ou bien encore il peut protester en agressant ses juges. Une école juste ne peut donc se borner à construire une compétition équitable, elle doit aussi traiter les vaincus de manière juste afin qu'ils ne balancent pas entre le repli, l'agression et la haine de soi. »

 

 

Denis Dambré

 

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