Dans les situations difficiles, les personnes qui savent le mieux réconforter les autres sont celles qui vivent ou ont vécu des difficultés analogues, voire pires. C’est du moins le point de vue de Rilke dans ses Lettres à un jeune poète :

« Ne croyez pas, écrit-il à Franz Kappus, que celui qui cherche à vous réconforter vit sans difficulté parmi les mots simples et tranquilles qui, parfois, vous font du bien. Sa vie est pleine de peine et de tristesse, et reste très en deçà de la vôtre. S’il en était autrement, il n’eût jamais su trouver ces mots. » (Cf. Lettres à un jeune poète, Poésie / Gallimard, 1993, p. 117)

 

C’est que, pour Rilke, il existe des espaces dans la vie où aucun mot n’est encore entré. Seules l’expérience et la trajectoire de chacun permettent de pénétrer ces espaces et de les marquer d’une empreinte verbale plus ou moins précise selon la sensibilité et la compétence langagière de chacun. Et ce qu’il écrit au sujet de l’art garde la même cohérence :

« Rien n’est plus superficiel, pour aborder une œuvre d’art, que des propos critiques : il en résulte toujours quelques malentendus plus ou moins heureux. Jamais les choses ne sont saisissables et concevables autant qu’on voudrait, le plus souvent, nous le faire croire ; la plupart des événements sont indicibles, se produisent au sein d’un espace où n’a jamais pénétré le moindre mot ; et plus inexprimables que tout sont les œuvres d’art, existences fort secrètes dont la vie, comparée à la nôtre qui passe, dure. » (Cf. Lettres à un jeune poète, Poésie / Gallimard, 1993, p. 25)

 

 

Denis Dambré

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