Le manichéisme journalistique
Voici en substance une question que le journaliste David Pujadas a posée l'autre jour au candidat socialiste à la présidentielle au journal de 20 h : « Nicolas Sarkozy dit qu'il souhaite diminuer de moitié le nombre d'immigrés qui entrent chaque année en France parce qu'ils sont trop nombreux : 180 000. Et vous, pouvez-vous nous dire si oui ou non vous estimez qu'il y a trop d'immigrés en France ? ». Question piège évidemment ! Car répondre par oui, c'est s'exposer à l'accusation de puiser dans le registre argumentaire électoral du camp adverse, voire de l'extrême droite ; et répondre par non, c'est prêter le flanc aux adversaires comme à certains médias qui ne manqueraient pas de parler de laxisme en la matière. Flairant le piège, l'interviewé tente d'esquiver par un rappel des principes du droit. Mais le journaliste tient fermement son angle et insiste : « Oui, mais pouvez-vous répondre à ma question : y a-t-il oui ou non trop d'immigrés qui entrent chaque année sur le territoire français ? »... Un exemple parfait de ce que j'appelle le manichéisme journalistique : on somme parfois les interviewés – de quelque bord politique qu'ils soient ! – de répondre par oui ou par non. Comme si, entre le oui et le non, il n'y avait pas de place pour la nuance.
Denis Dambré