Le sociologue Max Weber a défini en substance la disgrâce comme le bannissement arbitraire d’un individu par une autorité despotique. En clair, l’autorité qui disgracie ne s’appuie pas sur des règles communément admises pour le faire, mais plutôt sur son bon vouloir. Car, sous une telle autorité, les individus ne sont pas censés obéir à des règlements, mais à un chef suprême qui a le pouvoir de témoigner de l’inclination ou de l’aversion pour tel ou tel. 

Dans L’élève humilié: l’école un espace de non-droit?, Pierre Merle estime que l’humiliation des élèves à l’école participe du même procédé. Il écrit (PUF, Paris, p. 63-64) :

« L’humiliation est donc une sorte de fait du Prince: elle relève de l’arbitraire du maître, elle constitue une modalité de ‘‘disgrâce’’. On reconnaît dans ces spécificités - disgrâce, absence de références à des règles de droit - des dimensions de la domination traditionnelle décrite par Weber: les sujets n’obéissent pas à des règlements, mais au chef et celui-ci peut librement montrer une ‘‘inclination’’ ou une ‘‘aversion’’ personnelle. Cet arbitraire, propre à ce mode de domination, provient de la tradition qui accorde au ‘‘maître’’ une relative latitude d’action. […] Dans l’univers scolaire, l’image classique du ‘‘fayot’’ (F. Dubet, A. Martuccelli, 1996)a pour équivalent, dans le rapport de domination traditionnelle, celle du serviteur zélé toujours en attente d’un ‘‘bénéfice’’ pour les services qu’il rend au ‘‘maître’’. »

D. Dambré

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