L'intelligence vraie: la différence entre l'homme et l'ordinateur
« Ouvrez un ordinateur : voici une mémoire, aux capacités gigantesques et au souvenir foudroyant ; voici son imagination, sur l'écran coloré ; en sa puissance de calcul et d'opérations, voici sa raison. Toutes ces facultés, dont les philosophes affirmaient que nous les portions en nous-mêmes, les voici dans un outil ! Mais que conservons-nous, alors, dans la tête, purgée soudain de ses vieilles facultés ? Rien, sauf, justement, la transparente, l'ineffable, la joyeuse invention. L'intelligence vraie, la voilà encore : le jaillissement improbable du nouveau, qui manque à l'ordinateur, plus puissant que vous et moi, certes, mais tout aussi raide et prévisible que l'imbécile de tantôt, dont il arrive qu'il arrive qu'il sache des milliers de choses tout en restant sot. »
Michel Serres, Andromaque, veuve noire, Editions de L'Herne, 2012, p. 63