Le système éducatif fonctionne sur l’idée que les élèves – en particulier les plus difficiles – méritent leurs échecs et leurs succès. Or, qu’est-ce que le mérite ? La question a fait l’objet de nombreuses études et l’on s’accorde aujourd’hui sur une définition reprise dans L’école des chances : qu’est-ce qu’une école juste ? du sociologue François Dubet : « Le mérite, c’est le quotient intellectuel plus l’effort ». Mais à prendre pour point de départ cette définition, force est de constater que la méritocratie éducative qui prévaut dans le système éducatif repose sur des prémisses discutables. Car, comme l’écrit François Dubet :

 

« Suis-je responsable, et à partir de quel âge, de l’un [mon quotient intellectuel] et de l’autre [mon penchant à l’effort] ? On admet communément et à juste titre que je ne suis pas responsable de ma naissance, de mon éducation, des inégalités qu’elles ont engendrées. Mais le suis-je davantage de mes talents ou de mes handicaps ? Suis-je plus responsable de mon goût pour les mathématiques que de mes dispositions pour le sport ? Je peux même aller plus loin et me demander si je suis vraiment responsable de mon acharnement au travail, de mon courage ou de mon penchant à la flânerie. Après tout, qu’est-ce qui garantit qu’une analyse des gènes des élèves et des conditions psychologiques et microsociologiques de l’éducation des enfants n’anéantirait pas à jamais la croyance dans le mérite ? »

     

En clair, le mérite est souvent une « reconstruction biographique transformant en victoire personnelle une suite de hasards heureux ». S'il est entendu que  « nous aurions du mal à imaginer un principe de justice scolaire alternatif à l’égalité méritocratique et aussi fort qu’elle », il n'en demeure pas moins qu’il faut veiller à atténuer les effets cruels du système méritocratique actuel sur ceux qui échouent. Car ce système qui choisit délibérément de méconnaître l’impact de certains déterminismes naturels et culturels sur le parcours des élèves est loin d’être un modèle absolu de justice scolaire.

 

Denis Dambré

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