Un peu d'ordre dans les tiroirs de rangement de nos têtes!
L’esprit humain est formaté pour classer les éléments de la nature dans des « tiroirs ». De sorte que ceux qui sortent de l’ordinaire et n'ont pas de tiroir de rangement sont quand même classés quelque part. A l'évidence, la règle d’or du classement est le marquage des différences les plus visibles dans un contexte donné. C’est la raison pour laquelle les métis afro-européens sont d’office considérés comme des Blancs dans le contexte africain. Tandis que l’application de la même règle de différenciation conduit à les considérer comme des Noirs dans le contexte européen. Yannick Noah raconte de temps en temps comment, durant son enfance au Cameroun puis son adolescence en France, il se sentait, à chaque fois, exclu de la communauté où il vivait. La seule façon d’échapper à notre manie des rangements qui excluent est de mettre un peu plus de réflexion et un peu moins d'habitude dans notre fonctionnement quotidien. Car, en ce qui concerne les métis afro-européens par exemple, force est de reconnaître qu'ils ne sont ni exclusivement blancs, ni exclusivement noirs. Ils sont un peu des deux à la fois. Dès lors, pourquoi la communauté où ils vivent les exclurait-elle plutôt que de les intégrer?
A vrai dire, cette manie de la classification ne présenterait en soi aucun intérêt si elle ne masquait parfois des jugements de valeur sur les autres. A cet égard, l’affaire de l’humoriste Dieudonné a été très significative en France. Né d’un père d’origine camerounaise et d’une mère Française d’origine bretonne, il a été présenté, suite à des propos intolérables sur les Juifs, comme un Noir antisémite. Ce qui revient à innocenter la partie blanche de son identité. Que Dieudonné ait été poursuivi devant les tribunaux pour ses propos ignobles n'est que justice! Responsable de ses actes et de ses propos, il a tout simplement récolté ce qu’il a semé. Ce qui est pour le moins gênant dans l’affaire, c’est l’association de l’antisémitisme à un Noir qui n’est noir que par omission volontaire ou inconsciente d’une partie de son identité. En effet, le fait d’occulter sa part d’identité blanche revient tout simplement à stigmatiser sa supposée couleur noire comme si celle-ci était pour quelque chose dans le discours ignoble qu’il a tenu.
Denis Dambré