Des journalistes de Libération ont interviewé Henry Laurens, Professeur au Collège de France, sur les révolutions arabes. A la question de savoir pourquoi celles-ci ont éclaté, le Professeur explique ce qui suit :

 

« Elles sont la conséquence d’un tsunami démographique, celui du baby-boom arabe. Le sommet de la vague de naissances arabes se situe entre 1970 et 1990. Nous sommes maintenant au moment où les classes d’âge les plus nombreuses arrivent sur le marché du travail. Or cela représente un  défi considérable quel que soit le régime. Notre baby-boom, beaucoup plus faible, a produit Mai 68. Les performances économiques de la Tunisie, de l’Egypte, de la Syrie ne sont pas mauvaises et ces pays avaient assez bien négocié la crise de 2008. La libéralisation économique donnait des résultats, et les chiffres bruts de la croissance – 5-6% par an – étaient assez honorables. Mais cela ne suffisait pas à créer suffisamment d’emplois et les ressources étaient accaparées par un petit groupe corrompu autour du pouvoir. A cela s’est ajouté, pour les couches les plus pauvres, le contrecoup de la hausse des prix alimentaires, même si les régimes ont tenté d’amortir le choc. Tout a commencé en Tunisie, parce que c’est aussi là qu’il y avait à la fois le maximum de corruption et le plus grand nombre de jeunes qui ne trouvaient pas d’emploi. Les révolutions, comme le notait déjà Tocqueville, éclatent quand les choses s’améliorent. L’Egypte d’aujourd’hui dispose d’un niveau de vie et d’éducation bien supérieur à avant, mais cela crée des demandes nouvelles que le système est incapable de satisfaire. »

 

L’arrivée sur le marché de l’emploi des jeunes du baby-boom arabe, conjuguée à l’inflation, à l’augmentation du taux de croissance et à l’amélioration du niveau de vie et d’éducation, a constitué le cocktail explicatif des révolutions arabes. J’ajouterais peut-être aussi la morgue de plus en plus insupportable des despotes archaïques installés à la tête de ces Etats…

 

Denis Dambré      

 

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