Rainer Maria Rilke: une éloge de l'insouciance
Comprendre la vie est une aspiration naturelle des humains. D’où les recherches qui sont menées dans toutes les disciplines scientifiques, et même en dehors des laboratoires de sciences par la réflexion quotidienne. Mais est-ce vivre que de chercher à comprendre la vie ? La dimension méta de la réflexion sur la vie n’empêche-t-elle pas tout simplement chacun de profiter du laps de temps qu’il lui reste à vivre depuis le déclenchement initial du tic-tac de l’horloge qui n’a de cesse de rappeler qu’ « il n’y en a plus pour très longtemps » (comme le chante Georges Moustaki) ? Grave question.Mais voilà ce qu’en dit le poète de langue allemande Rainer Maria Rilke (1875-1926) dans un poème dont le titre invite déjà à la réjouissance: « Pour me fêter » :
Tu ne dois pas chercher à comprendre la vie,
elle sera dès lors pour toi comme une fête.
Laisse chaque jour te combler
comme un enfant qui passe
se voit comblé de fleurs
par chaque brise.
Il ne lui vient pas à l’esprit
de les ramasser ni de les garder.
Doucement de sa chevelure,
tendre prison, il les enlève,
et à ses chères jeunes années
il tend les mains pour avoir d’autres fleurs.
Formidable éloge de l’insouciance. Oui, « formidable » dans la double acception du terme.
Denis Dambré