L'idéophone ou la peinture sonore d'une idée
Comme l'écrit le linguiste Claude HAGEGE dans son Dictionnaire amoureux des langues (Editions Plon et Odile Jacob, 2009, p. 307):
"Beaucoup de langues, mais non toutes, possèdent (...) des idéophones, ou mots qui, comme le dit ce terme, offrent une peinture sonore d'une idée, pour symboliser un état, une impression sensorielle, une manière d'être ou de se mouvoir, une action qui n'est pas nécessairement elle-même reproductrice d'un bruit."
Quelques exemples de la langue moré éclairent effectivement ce propos. Dans cette langue africaine qui compte une petite dizaine de millions de locuteurs, essentiellement basés sur le plateau central du Burkina Faso, les adjectifs de couleurs peuvent être renforcés par des idéophones postposés comme le montrent les cas suivants:
miuugu = rouge / miuug masss...! = rouge vif
pèelga = blanc / pèelg faddd...! = blanc immaculé
kêega = vert / kêeg widdd...! = vert foncé
Et l'on pourrait multiplier les exemples... Ici, la différence avec le français vient de ce que la langue de Voltaire fait usage d'autres adjectifs (quelquefois des adverbes comme "très", "bien"...) pour exprimer la graduation dans les nuances de couleurs. En moré, par contre, la graduation est phonétiquement peinte. En effet, les particules sonores postposées n'ont d'autres sens que de renforcer les couleurs précises auxquelles elles sont associées. C'est ce qu'on appelle en linguistique un idéophone.
Denis Dambré