Notre identité narrative
« Supposons qu'il n'y ait jamais de chaos dans notre existence, nous vivrions dans une routine anesthésiante, une non-vie avant la mort. Par bonheur, quelques moments de fracas existentiels jalonnent notre mémoire. Nous en souffrons, bien sûr, mais après le coup, quand nous y repensons, ils charpentent notre identité narrative : ''Je suis celui à qui est arrivée une blessure incroyable. Je suis devenu le héros intime du roman de mon existence. Je sais mieux que quiconque ce qui m'est arrivé et comment j'ai combattu cette souffrance infligée. Je suis passé de la confusion à la clarté.'' »
Boris Cyrulnik (2008, rééd. 2010) : Autobiographie d'un épouvantail, éditions Odile Jacob, Poche, p. 40-41