« J’ai catégoriquement refusé de tremper dans l’eau trouble du débat sur l’identité nationale. Celui-ci me fait irrésistiblement penser au chef-d’œuvre de Robert Musil, L’Homme sans qualités, où un comité chargé d’organiser, pour le soixante-dixième anniversaire de l’empereur, un grand débat sur l’identité nationale autrichienne, épluche une multitude de contributions qui, censées alimenter la réflexion, la noient dans des discussions stériles. La recherche de la lumière éclaire un astre mort, dans le crépuscule de l’empire austro-hongrois. (…) La France aime exporter ses valeurs, mais oublie parfois de les appliquer chez elle. J’aurais souhaité qu’un débat sur la citoyenneté pousse au civisme et donne envie de s’engager, au-delà même des frontières nationales, mettant à l’honneur ce qu’une identité européenne peut avoir aujourd’hui d’exaltant. Un tel débat aurait mis à distance les thèmes d’une extrême droite, sans prendre le moindre risque conscient ou inconscient, de la ressusciter aujourd’hui, après l’avoir fait régresser en 2007. »

 

Martin HIRSCH (2010) : Secrets de fabrication, Editions Grasset et Fasquelle, p. 135

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