« Paradoxalement, j’ai l’impression qu’on ne m’a jamais autant qualifié d’homme de gauche que depuis le jour où j’ai intégré un gouvernement de droite. (…) S’il me fallait choisir entre être défini comme un « homme de droite » et un « homme de gauche », il est évident que cette dernière qualification me conviendrait mieux, et de loin. (…) Si je peux me dire de gauche, en revanche, je ne me sens pas « appartenir » à la gauche. D’abord parce que la notion d’appartenance, avec ce qu’elle implique de propriété, d’enfermement et de discipline, est très éloignée de mon caractère. Ensuite, parce que, si j’ai une vision à peu près claire des valeurs auxquelles renvoie ma conception de la gauche, je suis loin de me reconnaître dans toutes celles et tous ceux qui se revendiquent de gauche, et moins encore dans l’ensemble des positions, attitudes et postures qu’adoptent certains responsables de ces partis. Je n’ai rien en commun par exemple avec ceux qui ont participé au gonflement des parachutes dorés, à l’escalade des hauts salaires et à la flambée des stock-options, tout en continuant à se dire de gauche. J’ai du mal à me reconnaître dans celles et ceux qui, tout en se revendiquant de gauche, vivent en cercle fermé, fréquentent les mêmes élites et les mêmes lieux de pouvoir. »


Martin HIRSCH (2010) : Secrets de fabrication – Chroniques, Editions Grasset, p. 64-65

Retour à l'accueil