Est-ce si fou de croire aux mythes?
Est-ce si fou de croire aux mythes à l'âge où les sciences structurent la pensée des hommes ? A cette question, beaucoup d'écrivains et de penseurs répondent par l'affirmative ou avouent tout simplement leur incompréhension devant la crédulité de nos contemporains. Voici ce qu'écrit par exemple Emmanuel Carrère dans son dernier ouvrage intitulé Le Royaume (P.O.L éditeur, 2014, p. 13):
《Dans les temps anciens, admettons: les gens étaient crédules, la science n'existait pas. Mais aujourd'hui! Un type qui aujourd'hui croirait à des histoires de dieux qui se transforment en cygnes pour séduire des mortelles, ou à des princesses qui embrassent des crapauds et quand elles les embrassent ils deviennent des princes charmants, tout le monde dirait: il est fou. Or, un tas de gens [les chrétiens selon l'auteur] croient une histoire tout aussi délirante et ces gens ne passent pas pour des fous. Même sans partager leur croyance, on les prend au sérieux. Ils ont un rôle social, moins important que par le passé, mais respecté et dans lensemble plutôt positif. Leur lubie cohabite avec des activités tout à fait sensées. Les présidents de la République rendent visite à leur chef avec déférence. C'est quand même bizarre, non?》
Je rencontre régulièrement cette question dans mes lectures sans que les auteurs ne fassent référence à la réponse fort brillante donnée depuis le XVIIe siècle par le philosophe Blaise Pascal (Pensées) :
« Lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des hommes, comme, par exemple, la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. ; car la maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si mauvais d’être dans l’erreur, que dans cette curiosité inutile. »
Pour Pascal, l'homme supporte si mal l'absence d'explication d'un phénomène qu'il préfère lui substituer une fausse explication. Ainsi, les mythes et les religions ont pour fonction d'apaiser l'angoisse existentielle des gens.
Denis Dambré