« La sociologie des organisations analyse les disciplines comme des constructions sociales qui, au fil du temps, ont formé des corporations autonomes défendant leur territoire. Le jeu des acteurs consiste alors à entretenir une véritable activité de lobbying pour défendre leur place dans l’institution. Les professeurs de lettres, par exemple, se battent pour maintenir l’enseignement des langues anciennes (héritage de l’enseignement des humanités). Toute réduction horaire – que ce soit en mathématiques, en philosophie, etc. – est perçue par les enseignants comme une menace. Les disciplines considérées [à tort !] comme moins prestigieuses (la technologie, les arts plastiques…) profitent de l’adaptation de l’école à la modernité pour se faire une place mieux reconnue. Les sciences sociales, nées dans les années 1970 d’une véritable scission avec l’inspection d’histoire-géographie qui refusait de les intégrer dans les nouveaux programmes, ont soutenu, depuis, une véritable stratégie de conquête dont une des victoires a été la création en 1993 d’un baccalauréat ES (économique et social ; aujourd’hui renommé SES). »

 

Martine Fournier (2011) : « La fabrication des disciplines », in Eduquer et Former, Sciences Humaines Editions, p. 191-192)

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