L'identité linguistique
En linguistique, l’identité peut être définie comme un insaisissable existant. Autant l’existence de francophones, d’anglophones, de germanophones etc. est incontestable, autant les divergences sont si nombreuses entre les locuteurs de chacune de ces langues qu’on serait bien en peine de leur trouver à tous un point commun. En effet, dans la mobilisation des ressources d’une même langue pour produire des actes de discours, on constate des divergences plus ou moins importantes d’un espace géographique à l’autre (dialecte), d’un groupe à l’autre (sociolecte), d’une personne à l’autre (idiolecte). Ce que les linguistes appellent la théorie des lectes. Qu’est-ce donc notre identité au sens linguistique du terme ? Un insaisissable existant : insaisissable parce que l’altérité s’exprime dans chaque mobilisation des ressources d’une langue pour produire un acte de discours ; existant parce qu’à l’intérieur d’un même groupe identitaire, l’intercompréhension – aussi rudimentaire puisse-t-elle être quelquefois – demeure possible. Lorsqu’elle devient impossible, c’est que nous avons affaire à un autre groupe identitaire... Mais il arrive que le politique s’en mêle pour décréter soit prématurément, soit tardivement l’existence de groupes identitaires distincts là où la logique linguistique voudrait qu’il n’y ait qu’un même groupe, et inversement.
Denis Dambré