Dans ses Mémoires (éditions Julliard, 1983, p. 997-998), Raymond ARON, avec lequel Jean-Paul SARTRE a longtemps été en désaccord sur le plan intellectuel, rapporte ces paroles que le philosophe existentialiste lui aurait confiées au soir de sa vie d'intellectuel engagé:

 

« Les révolutionnaires, lui aurait confié SARTRE, veulent réaliser une société qui serait humaine et satisfaisante pour tous les hommes, mais ils oublient qu’une société de ce genre n’est pas une société de fait, c’est une société, pourrait-on dire, de droit, c’est-à-dire une société dans laquelle les rapports entre les hommes sont moraux. Eh bien, cette idée de l’éthique comme fin dernière de la révolution, c’est par une sorte de messianisme qu’on peut le penser vraiment. »


Aveu d'échec pour le philosophe révolutionnaire? A mon avis, non. Car la société de droit dont parle SARTRE est tout de même la condition du progrès de la société de fait. En clair, pour améliorer les conditions de vie des hommes, il faut rêver l'impossible et promouvoir sans illusions l'utopie.

 

Denis Dambré   

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