Scène du jour
Une boucherie à l'apparence sympathique. J'y entre ce jour pour quelques achats au passage. Il est 17 h 30. Quatre personnes sont devant moi. Derrière le comptoir, les maîtres des lieux: deux messieurs en tablier de travail. La cliente en tête de file, soixante-dix ans environ, paie sa commande. Le plus âgé des bouchers, la cinquantaine bien sonnée, encaisse. Puis il lui lance l'air de rien: "Ah, ces Algériens qui crament tout!".
Il fait référence à ceux des supporters de l'équipe algérienne de football qui, pour fêter la qualification de leur équipe aux huitièmes de finale de la coupe du monde, n'ont rien trouvé de mieux à faire que de cramer des véhicules dans certaines villes françaises. Des actes idiots certes, mais qu'on ne peut sans une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle imputer sans nuance aux Algériens dans leur ensemble! "Ces Algériens qui crament tout"? Qu'est-ce à dire? Que tous les Algériens seraient fans de football et seraient sortis pour brûler des véhicules? D'ailleurs, étaient-ce des Français ou des Algériens qui ont cramé les voitures? C'est de la sorte qu'on attise la haine entre les gens. Par des extrapolations hasardeuses mâtinées de manichéisme...
Mais ce que j'ai apprécié le plus dans cette scène de vie a été la réaction de la cliente:"Oh, vous savez monsieur, il y a aussi beaucoup d'endroits où les choses se sont bien passées mais on n'en parle pas!". Puis elle est ressortie du magasin, laissant le boucher ridicule avec ses extrapolations idiotes. Il n'a plus rien dit aux clients suivants. Mais en sortant de la boucherie, je me suis demandé combien de clients il avait pu accoster de cette manière depuis l'ouverture de son magasin!
Denis Dambré