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Les moments de l'histoire où les groupes humains se convainquent collectivement de choses insensées m'intéressent particulièrement. D'une part, parce qu'ils donnent à voir les monstruosités auxquelles l'idéologie dominante peut conduire les hommes, d'autre part, parce qu'ils apportent la preuve que la prudence est une vertu à cultiver dès lors que nos prises de position peuvent entraîner des conséquences désastreuses pour autrui.

Comment expliquer par exemple que des humains aient pu, pendant des siècles, dresser des bûchers pour brûler d'autres humains au prétexte insensé que ces derniers s'adonnaient à la sorcellerie ? Voici à ce sujet un passage du livre de Colette Arnould intitulé Histoire de la sorcellerie :

« Dans le Lot-et-Garonne, le 12 décembre 1824, une femme que l'on prétendait sorcière échappait de justesse au bûcher sur lequel deux voisines prétendaient la pousser. Le 21 septembre 1836, à Laval, un vieillard accusé d'avoir maléficié un enfant était torturé, et la même année, à Méry, une femme était martyrisée sur les conseils du médecin de la ville incapable d'expliquer une épidémie autrement que par la sorcellerie... ».

Et comment expliquer les horreurs du régime nazi, de l'esclavage, de la colonisation, de l'apartheid... ? Et comment peut-on tolérer encore aujourd'hui la différence de salaire entre les hommes et les femmes, le racisme, la xénophobie, l'homophobie, le système des castes, l'ethnocentrisme... ?

Plus je pense à ces ravages de l'idéologie au fil des siècles, plus je me dis que le philosophe Pascal n'avait pas tort sur un point : face à l'étrange, les humains préfèrent toujours une fausse explication à une absence totale d'explication. C'est ce que révèlent les mythes : ils proposent toujours de fausses explications pour apaiser l'angoisse existentielle des humains.

Denis Dambré

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