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Dans les langues européennes, le sens des adjectifs possessifs est plus large, et par conséquent moins précis, que dans d’autres langues du monde. Prenons deux exemples cités par Claude HAGEGE dans son Dictionnaire amoureux des langues :

Le médecin a examiné ma jambe.

Le plombier a examiné mon lavabo.

Pour les usagers natifs des langues européennes, les adjectifs possessifs « ma » et « mon » ont le même sens dans la mesure où ils établissent une relation de possession entre un locuteur et des choses qui lui appartiennent. Il n’en est pourtant pas de même dans d’autres langues du monde où une distinction est faite entre la possession inaliénable (celle qui s’impose de par la nature) et la possession aliénable (celle qui résulte d’une acquisition ou d’un contrat). Partant des deux exemples cités ci-dessus, Claude HAGEGE explique (ibidem, p. 324) :

« (…) le type de possession qui me relie à ma jambe ne peut être le même que celui qui me relie à mon lavabo. La première est une possession naturelle, ou inaliénable, tandis que la seconde est non naturelle, ou aliénable. La possession inaliénable est celle des objets qui font partie intégrante du possesseur, ou de son champ de personnalité, soit qu’il s’agisse des parties du corps humain, soit que le possédé soit un membre de la parenté inhérente du possesseur, comme le père, la mère, les descendants directs, soit que le possédé soit une partie d’un objet, concret ou abstrait, ou une portion de l’espace. La possession aliénable, au contraire, est celle de personnes ou d’objets acquis par contrat ou par relations sociales, comme l’époux, l’épouse, ou tout objet qui appartient au possesseur mais ne fait pas partie de son être physique ou moral. »    

L’intérêt d’une telle comparaison entre les langues européennes de grande diffusion et d’autres langues du monde est qu’elle nous fait prendre conscience de la relativité de notre vision des choses. On ne possède pas une jambe comme on possède un lavabo. De même, l’adjectif possessif « ma » n’a pas le même sens selon que je parle de « ma femme » ou de « ma mère » : dans le premier cas, la relation de possession est contractuelle ; tandis que, dans le second, elle est naturelle. C’est sans doute une réflexion de ce genre qui a conduit la chanteuse québecoise Lynda LEMAY à affirmer dans une de ses chansons que : « Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas ». En effet, malgré ce que nous laissent croire les adjectifs possessifs, un enfant est avant tout un être appelé à exercer sa liberté d’être humain, indépendamment de ceux qui l’ont mis au monde.

 

Denis Dambré

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