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« Contrairement à ce qu’il faisait pour mes sœurs, mon père ne venait jamais demander au maître si je travaillais bien. Une raison essentielle expliquait sa retenue : mon maître connaissait bien mon père parce qu’il avait longtemps été le petit ami de ma tante avec laquelle il avait ardemment désiré se marier. Tout le monde avait cru que le mariage serait effectif. Mais, après les fiançailles, ma tante avait rencontré un autre monsieur et avait décidé qu’elle arrêtait tout avec l’instituteur. Celui-ci avait beaucoup souffert de son échec auprès de ma tante. A un moment, il avait même semblé à mon père que l’instituteur lui imputait injustement la responsabilité de la rupture. Mon père se sentait alors gêné par la situation. En effet, bien qu’il éprouvât de la compassion pour le jeune instituteur, il ne voulait pas déroger à la tradition familiale datant du temps de mes grands-parents de laisser à chacun le libre choix de son conjoint. Mais à présent que son fils était dans la classe du soupirant malheureux, il évitait autant que possible de le rencontrer. J’avais même appris quelques années plus tard, alors que mon père n’était plus de ce monde, qu’il avait nourri la crainte que l’instituteur se vengeât sur moi de son échec auprès de ma tante. Une crainte justifiée par la toute-puissance des maîtres d’école de l’époque. Mais ce ne fut pas le cas et je garde encore de mon premier instituteur un excellent souvenir. »

 

D. Dambré

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