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Dieu est-il mort comme l’a affirmé Nietzsche dans Le gai savoir ? Pour le philosophe Michel Onfray, la réponse est, sans équivoque, négative. Dans le Traité d’athéologie, il écrit : « Dieu n’est ni mort ni mourant – contrairement à ce que pensent Nietzsche et Heine. Ni mort ni mourant parce que non mortel. Une fiction ne meurt pas, une illusion ne trépasse jamais, un conte pour enfants ne se réfute pas. Ni l’hippogriffe ni le centaure ne subissent la loi des mammifères. Un paon, un cheval, oui ; un animal du bestiaire mythologique, non. ». Et, poursuivant dans la même veine, il pose ironiquement une série de questions rhétoriques sur les circonstances du décès présumé de Dieu – où ? quand ? comment ? par qui ?... – avant de conclure : « On ne tue pas un souffle, un vent, une odeur, on ne tue pas un rêve, une aspiration. Dieu fabriqué par les mortels à leur image hypostasiée n’existe que pour rendre possible la vie quotidienne malgré le trajet de tout un chacun vers le néant. Tant que les hommes auront à mourir, une partie d’entre eux ne pourra soutenir cette idée et inventera des subterfuges. On n’assassine pas un subterfuge, on ne le tue pas. »

M. Onfray est ‘athéologiquement’ cohérent dans sa réfutation du postulat nietzschéen. Toutefois, on est surpris, à la fin, de le voir briser la cohérence de son discours par l’affirmation que ce serait plutôt Dieu qui tue : « Dieu met à mort tout ce qui lui résiste. En premier lieu la Raison, l’Intelligence, l’Esprit Critique. Le reste suit par réaction en chaîne… ». Une ‘fiction’, une ‘illusion’, un ‘conte pour enfants’, un ‘rêve’ ou un ‘subterfuge’ peuvent-ils donc tuer ? Assurément non, si l’on suit la logique ‘athéologique’ de M. Onfray. Ce n’est pas Dieu qui tue, mais ses créateurs, les mortels. Pas plus qu’il ne peut être tué, un subterfuge ne tue pas. Son inventeur, oui. Par ailleurs, l’opposition que fait M. Onfray entre Dieu et la Raison est pour le moins curieuse. Car cela revient à dire qu’on n’a pas besoin d’intelligence pour créer ou entretenir un mythe. En réalité, la création des mythes fait partie de l’exercice de la Raison humaine. Elle ne met pas un terme à la réflexion, mais participe de la réflexion même des humains sur leur origine et leur destinée. Blaise Pascal l’avait compris au XVIIème siècle  lorsqu’il écrivait dans le chapitre sur l’esprit et sur le style de ses Pensées : « Lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des hommes, comme, par exemple, la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies etc. ; car la maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si mauvais d’être dans l’erreur, que dans cette curiosité inutile. »

Il faut se rendre à l'évidence : la foi prospère sur l’incapacité des athées à apporter des réponses satisfaisantes à l’angoisse existentielle de la masse des croyants. Le jour où l’athéologie apportera des réponses à l’angoisse existentielle de ceux qui trouvent leur raison de vivre et d’espérer dans la religion, les croyants cesseront de se confier à Dieu.  Pour l’heure, force est de constater que la révolution copernicienne se fait encore attendre. M. Onfray semble penser que, perdu dans la brume de l'ignorance, le croyant serait incapable d’user de sa Raison et de son Esprit Critique. Mais alors, comment se fait-il qu’il y ait de grands penseurs croyants ? Je soutiens, pour ma part, que les croyants ne sont ni plus ni moins ignorants ou vertueux que les athées. Seulement, ils mettent leurs facultés intellectuelles au service de la consolidation du mythe (présumé) de l’existence de Dieu. Et ce, pour la simple et bonne raison qu’au-delà de l’explication rationnelle de l’existence ou de la non-existence de Dieu, ils recherchent de quoi vivre plus sereinement le tic-tac angoissant de l’horloge qui, sans relâche, martèle que la fin est pour bientôt.              

En somme, à chaque âme ses illusions ! Je préfère un athée vivant à un croyant mort, tout comme je préfère un croyant vivant à un athée mort. Rien ne m’est plus insupportable que les bondieuseries de ceux des  croyants qui estiment que l’hypothèse de l'au-delà vaut bien le sacrifice du réel de l’ici-bas. Mais rien ne m’est plus désagréable non plus que la situation de ceux qui critiquent la religion tout en se morfondant de désespoir devant la perspective inéluctable de la mort. Ma recommandation aux uns comme aux autres est la suivante : croyez si cela vous aide à vivre, mais surtout vivez ! Ne croyez pas si la perspective du néant ne vous empêche pas de vivre, mais alors vivez aussi !    

Denis Dambré

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