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A l’école, les élèves qui habitaient le centre-ville surnommaient dédaigneusement ceux des villages périphériques « les enfants de la brousse ». Et lorsqu’un « enfant de la brousse » parvenait vaille que vaille à tirer son épingle du jeu dans la compétition scolaire, on le soupçonnait le plus sérieusement du monde d’être secrètement soutenu par des forces occultes, c’est-à-dire de posséder un gri-gri censé augmenter l’intensité des lumières de son intelligence ou réduire celle des autres élèves à son profit. Car, en Afrique, beaucoup de personnes croient que les charlatans et autres marabouts ont compétence sur tout, y compris sur l’amélioration des résultats scolaires des élèves.

Il me revient à ce sujet qu’à l’issue de la première composition de ma deuxième année de cours élémentaire, l’élève le plus costaud de la classe – qui brillait moins par ses résultats scolaires que par ses « faits d’armes » ! – m’avait fait la peur de ma vie en me convoquant pendant la récréation derrière le local qui tenait lieu de cuisine scolaire. C’était l’endroit où ceux qui avaient quelques comptes à régler  se retrouvaient à l’abri des regards.

« Que lui ai-je donc fait ?... Un camarade lui aurait-il raconté des mensonges sur moi ?... » m’étais-je demandé dans l’intervalle de temps qui me séparait du rendez-vous.

Mais que ne fut ma surprise, en arrivant derrière la cuisine, de voir le gaillard se faire tout petit devant moi pour me supplier de ne pas faire usage de mes supposés pouvoirs occultes contre lui !

« Quels pouvoirs occultes ? » lui demandai-je.

« Ecoute, des camarades de classe m’ont dit qu’un célèbre marabout habitant le même village que toi t’a doté d’un gri-gri puissant capable d’empêcher les autres élèves d’apprendre leurs leçons, me répondit-il. Tu connais bien les difficultés que j’ai à lire à haute voix en classe ! S’il te plaît, dirige la force de ton gri-gri contre d’autres, mais pas contre moi parce que j’ai déjà trop de mal comme ça. Je t’en supplie ! »     

Je protestai vigoureusement, lui expliquant que je ne possédais pas la moindre amulette. Je lui proposai même de me fouiller pour bien se rendre compte par lui-même que je n’avais absolument rien sur moi. Mais il refusa, non qu’il fut convaincu par mes propos, mais parce qu’il craignait qu’en touchant par hasard une amulette dissimulée quelque part sous mes vêtements, le courroux de mes supposés génies protecteurs ne s’allumât davantage encore contre lui. Il avait pris ma proposition pour une offre de pure forme, voire pour un piège. Rentré le soir à la maison, j’avais raconté l’anecdote pour le grand bonheur de toute la famille.     

 

D. Dambré         

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