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Dans La constante macabre (2003, p. 15), André Antibi écrit : « Lorsqu’un enseignant prépare un sujet de contrôle de connaissances et lorsqu’il choisit un barème, il fait en sorte, plus ou moins consciemment, que les notes soient étalées convenablement : il faut qu’il y ait toutes sortes de notes, des bonnes, des moyennes, des mauvaises ; et cela quel que soit le programme du contrôle, la qualité de l’enseignement, le niveau de la classe. »

 

Ce constat d’André Antibi souligne la grande faiblesse de notre système d’évaluation : sa tendance à juger les élèves et à les classer en bons, moyens ou mauvais. En principe, l’évaluation vise à révéler la valeur ajoutée qu’un enseignement dispensé a apporté à un élève. Pas à ranger ce dernier dans un tiroir. Du moment que les objectifs du cours ont été atteints et que les élèves ont acquis ce qui était à acquérir, on ne devrait éprouver aucune gêne à constater en fin de trimestre que la classe a plus de 18 de moyenne. Par contre, on devrait systématiquement interroger sa pratique lorsque 2/3 des élèves d’une classe n’ont pas la moyenne. N’est-ce pas peut-être le signe que les objectifs visés étaient trop ambitieux pour les élèves ? Ou peut-être qu’on n’a pas réussi à les intéresser ? Ou peut-être aussi que les critères d’évaluation étaient trop exigeants ? Ou peut-être encore que la relation instaurée avec les élèves les empêche d’exprimer les choses qu’ils n’ont pas comprises ? Ou peut-être aussi qu’on leur a tenu un discours tellement négatif et tellement dévalorisant sur eux-mêmes qu’ils ont abandonné tout espoir de réussite ?... André Antibi a raison de critiquer le fait que les professeurs qui donnent de bonnes notes sont considérés - souvent à tort! - comme ‘trop gentils’, ‘un peu démagogues’, voire ‘trop laxistes’. Car aux yeux de beaucoup, la note est le moyen de montrer aux élèves l’importance de l’écart qui les sépare du maître. Dans cette optique, plus les notes sont mauvaises, plus on tient les élèves à distance en leur signifiant qu’ils ont encore du chemin à parcourir. Sauf que l’immense majorité des élèves ne seront pas des enseignants et qu’ils n’ont pas, par conséquent, nécessairement besoin de développer les compétences qui ont conduit leurs maîtres à leurs fonctions !                  

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