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L’écrivain le plus sombre, le plus pessimiste, le plus misanthrope que j’aie jamais croisé dans mes lectures est sans aucun doute le roumain Emil Cioran (1911-1995). En comparaison, l’Autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) dont la noirceur de l’écriture fait pourtant jaser les critiques passe pour un joyeux luron. Voici un extrait de Cioran dans un ouvrage au titre déjà très parlant De l’inconvénient d’être né :        

«  Nous ne courons pas vers la mort, mais fuyons la catastrophe de la naissance, nous nous démenons, rescapés qui essaient de l’oublier. La peur de la mort n’est que la projection dans l’avenir d’une peur qui remonte à notre premier instant. Il nous répugne, c’est certain, de traiter la naissance de fléau : ne nous a-t-on pas inculqué qu’elle était le souverain bien, que le pire se situait à la fin et non au début de notre carrière ? La mal, le vrai mal est pourtant derrière, non devant nous. C’est ce qui a échappé au Christ, c’est ce qu’a saisi Bouddha : ‘‘I trois choses n’existaient pas dans le monde, ô disciples, le Parfait n’apparaîtrait pas dans le monde…’’. Et, avant la vieillesse et la mort, il place le fait de naître, source de toutes les infirmités et de tous les désastres. » (Editions Gallimard, p. 10)

 

Denis Dambré

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