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29 octobre 2011 : trentième anniversaire de la mort de Georges Brassens. Les chansons (intemporelles) de cet auteur-compositeur-interprète ont bercé mon adolescence. Certes, je ne dédaignais pas de me trémousser sur d’autres rythmes non moins enthousiasmants pour mon âge. Mais, aux heures paisibles, la musique de Brassens tout comme ses paroles me parlaient davantage par leur profondeur. Je trouvais délicieuse son écriture, cette façon toute particulière de dire des choses fortes tout en feignant la légèreté. Et aussi ce malin plaisir à transgresser, tout en poésie, les tabous langagiers. J’y trouvais mon bonheur.


Au détour d’une phrase osée, j’imaginais le bourgeois faisant des bonds – « Oh, mon Dieu ! Comment ose-t-il dire pareille chose ? » – et cela me ravissait. Pour ma part, j’interprétais ses transgressions comme une façon de réveiller son auditeur, de stimuler son attention pour le contenu de son message. Il suffisait d’ailleurs de voir Brassens pour se rendre compte qu’il n’avait rien d’un mauvais garçon. Manifestement, il avait été marqué, pendant la deuxième guerre mondiale, par le service du travail obligatoire (STO) en Allemagne ; service dont il s’était échappé en profitant d’une permission pour ne plus y retourner.      

      

Brassens a quelquefois aussi mis sa plume au service de convictions humanistes. J’aime, par exemple, quand il raille avec férocité « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part », c’est-à-dire ceux qui prennent prétexte du hasard de leur lieu de naissance pour mépriser les autres. Ces gens croient, dit Brassens, que « le crottin fait par leurs chevaux (...) rend jaloux tout le monde »! Voici les paroles de cette chanson qui s’intitule « La ballade des gens qui sont nés quelque part » :


C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages,

Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités,

Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages,

Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est d’être habités,

Et c’est d’être habités par des gens qui regardent

Le reste avec mépris du haut de leurs remparts,

La race des chauvins, des porteurs de cocardes,

Les imbécil’s heureux qui sont nés quelque part. (bis)

 

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie

Empalés une fois pour tout’s sur leur clocher,

Qui vous montrent leurs tours, leur musé’s, leur mairie,

Vous font voir du pays natal jusqu’à loucher.

Qu’ils sortent de Paris, ou de Rome, ou de Sète,

Ou du diable vauvert ou bien de zanzibar,

Ou même de Montcuq, ils s’en flattent, mazette,

Les imbécil’s heureux qui sont nés quelque part. (bis)

 

Le sable, dans lequel, douillettes, leurs autruches

Enfouissent la tête, on trouve pas plus fin,

Quant à l’air qu’ils emploient pour gonfler leurs baudruches,

Leurs bulles de savon, c’est du souffle divin.

Et, petit à petit, les voilà qui se montent

Le cou jusqu’à penser que le crottin fait par

Leurs chevaux, même en bois, rend jaloux tout le monde,

Les imbécil’s heureux qui sont nés quelque part. (bis)

 

C’est pas un lieu commun celui de leur naissance,

Ils plaignent de tout cœur les pauvres malchanceux,

Les petits maladroits qui n’eur’nt pas la présence,

La présence d’esprit de voir le jour chez eux.

Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire,

Contre les étrangers tous plus ou moins barbares,

Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre,

Les imbécil’s heureux qui sont nés quelque part. (bis)

 

Mon Dieu, qu’il ferait bon sur la terre des hommes

Si l’on n’y rencontrait cette race incongu’,

Cette race importune et qui partout foisonne :

La race des gens du terroir, des gens du cru.

Que la vi’ serait belle en toutes circonstances

Si vous n’aviez tiré du néant ces jobards,

Preuve, peut-être bien, de votre inexistence :

Les imbécil’s heureux qui sont nés quelque part. (bis)

 

Denis Dambré

Tag(s) : #denisdambre

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