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"Dans la salle de classe, monsieur B. nous attribuait les places en fonction de notre rang lors de la composition. Le premier était placé à côté de la porte qui donne sur la cour de récréation ; son voisin était le deuxième, et ainsi de suite jusqu’au dernier qui était assis juste à côté du bureau du maître près du tableau noir. Monsieur B. était le seul enseignant de l’école à procéder ainsi. De sorte que, après la proclamation des résultats de chaque composition trimestrielle, les autres élèves de l’école se précipitaient devant notre porte pour connaître nos rangs respectifs.

Ce placement apparemment méritocratique répondait, en réalité, à un souci de carrière. En l’absence de téléphone, les inspecteurs venaient à l’improviste et passaient en revue tous les enseignants de l’école. Or, monsieur B. avait constaté qu’ils s’asseyaient toujours au fond de la salle de classe, juste à côté de la porte, et aimaient jeter un œil dans le cahier des élèves du dernier rang. Il plaçait donc ses meilleurs élèves près de la porte pour que les inspecteurs ne voient que des cahiers bien tenus et des notes convenables. 

Assis près de la porte, le premier de la classe jouissait d’un privilège non négligeable : celui de sonner la cloche lorsque c’était le tour de notre classe de s’en charger. Je me souviens que mes résultats scolaires m’avaient, un jour, hissé à ce rang prestigieux de sonneur de cloche. Mais, dès ma prise de fonctions, j’avais sonné si longtemps que tous les maîtres étaient sortis de leur salle de classe pour m’ordonner d’arrêter. Je me revois tout penaud, revenant vers notre salle de classe sous les remontrances unanimes de l’ensemble des instituteurs. Tout premier de classe que j’étais, j’avais été sévèrement grondé par Monsieur B. qui m’avait privé, le reste de la semaine, du plaisir de ponctuer les activités pédagogiques."   

 

D. Dambré

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