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Résumé :


Pour Aimé Césaire, l’individu doit simplement prendre acte de sa différence avec les autres et l’accepter sans se considérer ni comme inférieur ni comme supérieur. Si « la question noire » lui sert de point d’ancrage, il n’en demeure pas moins que son message transcende les frontières pigmentaires pour prendre tout simplement une dimension humaine. C’est pourquoi, Aimé Césaire est le poète humaniste par excellence. La puissance de son œuvre ne laisse aucun doute sur la pérennité de son message que je prends le risque de résumer ainsi : ‘‘Soyez le meilleur de vous-mêmes  sans envier ni mépriser les autres !’’


 

 

Si je devais conseiller une seule œuvre du poète martiniquais à ceux qui ne l’ont pas encore lu, je citerais sans hésitation Cahier d’un retour au pays natal. Ma première rencontre avec l’œuvre date du début des années 1980 lorsque mon professeur de Lettres eut la bonne idée de la retenir parmi les ouvrages à étudier en classe de seconde. Depuis, je n’ai cessé de relire de temps en temps cette œuvre poétique. Il faut dire que l’écriture de celui que d’aucuns ont surnommé « le Nègre inconsolé » force le respect. Dans sa préface datée de 1943, l’écrivain surréaliste André Breton écrivait à propos du poète martiniquais :

« Et c’est un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un Blanc pour la manier. Et c’est un Noir celui qui nous guide aujourd’hui dans l’inexploré, établissant au fur et à mesure, comme en se jouant, les contacts qui nous font avancer sur des étincelles. Et c’est un Noir qui est non seulement un Noir mais tout l’homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité. ».

Eloge mémorable par sa justesse pour les uns, mais aussi discours jugé symptomatique, par d’autres, d’une certaine condescendance des écrivains métropolitains à l’égard de leurs collègues ultramarins ou africains. Partisan de cette dernière lecture, un autre écrivain antillais, Frantz Fanon, s’est indigné dans Peau noire, masques blancs :

« (…) il n’y a pas de raison pour que M. Breton dise de Césaire : ‘Et c’est un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un Blanc pour la manier’. Et quand bien même M. Breton exprimerait la vérité, je ne vois pas en quoi résiderait le paradoxe, en quoi résiderait la chose à souligner, car enfin M. Aimé Césaire est martiniquais et agrégé de l’Université. ».

Mon sentiment au sujet de cette polémique est que le propos d’André Breton s’adressait davantage à la frange de la population métropolitaine qui, à l’époque, doutait de l’aptitude des Noirs à s’emparer avec autant de force de la langue française comme instrument de création. Qui se souvient aujourd’hui de cette époque heureusement révolue où l’on s’adressait aux Noirs en « baby talk », c’est-à-dire en adoptant les tournures et les manières censées mieux convenir aux enfants ? Engagé dans la défense de la minorité noire en mal de reconnaissance, l’écrivain surréaliste disait en somme : ‘‘ Si son statut d’agrégé de l’Université ne suffit pas à vous convaincre, lisez l’ouvrage d’Aimé Césaire et vous comprendrez que Noirs et Blancs participent d’une même condition humaine faite d’interrogations, d’angoisses, d’espoirs et d’extases, et que la même dignité doit être reconnue à tous.’’ Il entendait donc convaincre en brandissant la force créatrice du poète martiniquais comme une preuve.

Mais Franz Fanon n’avait pas moins raison sur un point : l’œuvre du poète antillais montrait qu’il n’en était plus à la recherche d’une preuve de l’égalité entre les humains. Car le mouvement de la négritude est un appel à assumer son humanité sans complexe d’infériorité ni de supériorité. Raison pour laquelle Aimé Césaire s’en prend, dans le Cahier, aux Noirs qui disent à l’Europe : « Voyez, je sais comme vous faire des courbettes, comme vous présenter mes hommages, en somme, je ne suis pas différent de vous ; ne faites pas attention à ma peau noire : c’est le soleil qui m’a brûlé ».

 Pour Aimé Césaire, l’individu doit simplement prendre acte de sa différence avec les autres et l’accepter sans se considérer ni comme inférieur ni comme supérieur. Si « la question noire » lui sert de point d’ancrage, il n’en demeure pas moins que son message transcende les frontières pigmentaires pour prendre tout simplement une dimension humaine. C’est pourquoi, Aimé Césaire est le poète humaniste par excellence. La puissance de son œuvre ne laisse aucun doute sur la pérennité de son message que je prends le risque de résumer ainsi : ‘‘Soyez le meilleur de vous-mêmes  sans envier ni mépriser les autres !’’

 

Denis Dambré  

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