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De même qu’il existe une grammaire des langues, il existe une grammaire des comportements (gestes, habillement, réaction lorsqu’on est destinataire d’un message etc.). Des sociologues comme Erving Goffman ou John Gumperz l’ont bien montré dans leurs travaux. Les règles de cette grammaire constituent les signes visibles de ce qu’on appelle la différence culturelle. J’ai lu un jour dans un ouvrage d’ethnolinguistique que, dans certaines provinces chinoises, lorsqu’on est reçu dans une famille et qu’on est prié de prendre place sur une chaise, on doit s’asseoir à la place indiquée sans changer l’emplacement de la chaise. Car bouger la chaise, c’est faire preuve d’une impolitesse caractérisée. Un peu comme si quelqu’un arrivait chez vous et se mettait à changer l’emplacement de vos armoires. Autre exemple : chez les Mossi du Burkina Faso, il est inconvenant de croiser les jambes lorsqu’on est reçu dans une famille. Car ce geste est le propre du chef de famille… DansStigmate, le psychosociologue Erving Goffman traite de ces signaux qui, dans le comportement des autres, nous offrent l’occasion de les stigmatiser comme anormaux au regard de notre normalité et de leur assigner une place différente de la nôtre. Il explique comment « nous bâtissons une théorie, une idéologie du stigmate, qui sert aussi parfois à rationaliser une animosité fondée sur d’autres différences, de classe, par exemple »[1]. La signification qu’on donne aux couleurs est à cet égard très instructive. En France, le code d’utilisation des couleurs est si bien ancré dans l’inconscient collectif qu’il vient rarement à l’esprit des hommes de s’habiller en rose. Sauf lorsqu’ils sont accros à la mode ou entendent faire passer quelque message.Cela montre bien que nos comportements nous sont souvent dictés par l’environnement social et culturel. Nos règles de politesse ne sont pas celles des locuteurs d’autres langues, même s’il existe parfois des points de convergence. C’est pourquoi, on ne peut maîtriser une langue étrangère en s’en tenant à la simple acquisition de son vocabulaire et de ses règles de grammaire. Pour être en mesure de réagir de façon satisfaisante en situation de communication avec un locuteur autochtone de la langue, il faut compléter ses acquis linguistiques par l’appropriation de la grammaire des comportements.

[1] Erving Goffman (1975 pour la traduction française) : Stigmate : les usages sociaux des handicaps, Les Editions de Minuit, p. 15

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