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J'y étais la semaine dernière et en suis reparti l'avant-veille des manifestations et des sacages. Qu'ai-je entendu? Un appel sans concession du peuple au respect des règles du jeu démocratique. Le président Blaise Compaoré est arrivé au pouvoir en 1987 après l'élimination physique de son ami et frère d'armes de la Révolution burkinabé, le capitaine Thomas Sankara. Dans la foulée, il a éliminé d'autres ténors de la Révolution pour ne plus être que le seul maître à bord du navire national. Suivit l'organisation du retour à une vie constitutionnelle normale avec l'adoption du septennat renouvelable une fois comme limitation du mandat présidentiel. Le peuple joua le jeu et il fut élu pour deux septennats consécutifs (1991-1998 et 1998-2005). Malgré quelques troubles. Ses mandats furent émaillés d'autres assassinats dont celui du journaliste d'opinion Norbert Zongo. Mais il s'impliqua également dans des conflits extérieurs, prenant parti pour les uns contre les autres dans des combats politiques internes d'autres pays africains ( Sierra Leone, Libéria, Côte d'Ivoire...). Mais dans la mesure où il n'a pas été mis en cause par les puissances occidentales, la question des soutiens dont il bénéficiait dans l'ombre demeure. Sentant venir sa fin de règne pour 2005, il lance une révision constitutionnelle pour instaurer le quinquenant renouvelable une fois. Et une fois la loi votée, il se représente à l'élection présidentielle en faisant valoir que la loi ayant changé, il a tout à fait le droit de se représenter. Les manifestations et le boycott des urnes par l'opposition n'y purent rien. Et le voilà reparti pour un quinquennat, puis deux. Le second devait prendre fin en 2015. Mais comment faire pour rester quand même et échapper aux poursuites judiciaires qui le guettent pour divers crimes? Il a d'abord l'idée d'organiser sa succession par son petit frère, François Compaoré. Par exemple, créer une deuxième chambre parlementaire comme en France (le sénat), confier sa présidence à son petit frère et démissionner de ses fonctions avant terme pour que son frère, en vertu des pouvoirs conférés par la constitution, assure l'intérim et organise sa propre élection. Mais la ficelle est trop grosse pour l'opposition politique et la société civile qui manifestent leur franche hostilité. Il décide alors de réviser la constitution pour se présenter à nouveau en 2015 en promettant que, après cette révision, la constitution sera verrouillée pour que personne d'autre à l'avenir ne puisse s'amuser à la tripatouiller. N'est-ce pas prendre les citoyens burkinabé pour des imbéciles?... Les manifestations et les troubles de ces derniers temps témoignent du refus du peuple de se soumettre aux magouilles de bas étage du pouvoir en place. Surtout que, contrairement aux décennies précédentes, l'émergence d'une intelligentsia africaine est une réalité que les pouvoirs politiques ne peuvent plus continuer à ignorer. A cela s'ajoute l'explosion des moyens de communication. Les mots d'ordre des manifestants passent désormais par les smartphones, de sorte que le temps des régimes patrimoniaux est révolu. On verra bien ce que l'avenir réserve aux Burkinabé.

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