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En cours préparatoire, mon père ne venait jamais demander au maître si je travaillais bien. Une raison essentielle expliquait cela. Mon maître le connaissait bien parce qu'il avait longtemps été le petit ami de ma tante Martine avec laquelle il avait rêvé de se marier. Tout le monde avait cru à l'idylle. Mais après les fiançailles, ma tante avait rencontré un autre monsieur dont elle était tombée follement amoureuse et avait décidé du jour au lendemain de mettre un terme à sa relation avec le jeune instituteur. Celui-ci avait beaucoup souffert de son échec. Il s'en était d'ailleurs ouvert à mon père, le suppliant d'user de son autorité de frère aîné pour orienter en sa faveur le choix matrimonial de sa soeur.
Mais en dépit de sa compassion pour le maître d'école, mon père s'était refusé à déroger à la tradition familiale datant du temps de mes grands parents de laisser à chacune la liberté de choisir son conjoint. Mais voilà, son fils se retrouvait dans la classe du soupirant malheureux. Mon père évitait donc autant que possible de le rencontrer. J'ai même appris bien des années plus tard qu'il avait nourri quelques craintes que l'instituteur se vengeât de son échec amoureux sur moi; car les maîtres d'école comptaient au nombre des seigneurs tout-puissants de la ville. Mais il n'en fut rien et je garde de l'amoureux éconduit par ma tante un excellent souvenir.

Denis Dambré, extrait de Souvenirs

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